Errances Poétiques
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La Poésie Est Le Journal D'Un Animal Marin Qui Vit Sur Terre Et Qui Voudrait Voler (Carl Sandburg)
 
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 Essai théâtral - Fin de cycle.

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Necryos

Necryos

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Essai théâtral - Fin de cycle. Vide
MessageSujet: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptySam 21 Juil - 12:33

Scène 1 – Contemplation.


Xerxès ( accablé ) :
Il est mort !

Iota ( sans conviction, d'un ton neutre ) :
il est mort, oui.

Icarus ( regarde le cadavre et se baisse légèrement comme si il voulait soutirer à ce dernier quelque chose ) :
Médicalement, c'est vrai, oui. Voyons maintenant si notre projet peut se poursuivre. Espérons tous que nous pourrons poursuivre l'expérience, oui. Espérons, c'est tout ce que nous pouvons faire.


La pièce transpire de sérénité, d'une blancheur à la limite de l'éblouissement. À gauche, trois cages, l'une est vide, les autres servent de résidence à deux personnes visiblement très frêles. Au centre, une table d'opération. Des lumières braquées sur le corps inerte qui gît là. Des instruments posés un peu partout, il y en a même par terre. Les trois scientifiques sont là, amorphes, à regarder la dépouille comme si quelque chose allait se produire.


Xerxès :
Vous croyez que... Je veux dire..

Iota :
Il aurait déjà dû revenir, ce n'est pas possible.

Icarus ( frappe son poing sur la table ) :
Non, laissez-lui encore un peu de temps.

Xerxès :
Icarus a peut-être raison. Qui sait, de l'autre côté, le temps s'égraine peut-être différemment. D'aucuns ne savent comment est agencé..

Iota ( tousse brièvement, puis termine la phrase de Xerxès, l'air railleur ) :
L'autre côté ?

Icarus ( rajoute ) :
Cela restera peut-être à jamais sans nom.


Le corps est soudainement pris de convulsions violentes. Les trois scientifiques se baissent en même temps et l'observent.


Icarus ( d'un pragmatisme absolu ) :
Matricule 01 est décédé mais semble suffoquer. Les résultats se concrétisent, on dirait bien.

Iota ( regardant les différentes machines, dont l'électrocardiogramme. ) :
Pas de battements, pas de rythme cardiaque. Rien, rien de rien. Le cœur est mort. Le cortex cérébral également. Il n'y a que le tronc qui présente encore une certaine activité électrique.

Xerxès :
Merde, fais chier..

Icarus ( frappe la table d'opération comme auparavant, mais à plusieurs reprises. ) :
Je ne comprends pas, rien ne cloche, pourtant. J'ai vérifié et revérifié tous les calculs. Il n'y a aucune erreur, aucune.
( déconcerté ) :
Jetez-moi ce macchabée, et en vitesse.


Les deux autres scientifiques s'exécutent. Le corps convulse toujours. Par moment, on dirait même qu'il essaie de pousser des gémissements, la bouche grande ouverte, de la salive s'échappant et coulant sur son cou. Il est traîné jusqu'à la porte. Iota l'ouvre et Xerxès continue de tirer le cadavre. Les lumières s'éteignent puis se rallument, mais sont plus tamisées qu'auparavant. Il n'y a plus personne, excepté les deux autres cobayes. Ils ne font rien, ne causent pas, n'échangent aucun geste.



[ P-.S : L'essai théâtral est, à ce jour, abouti et comporte un total de 11 scènes. Cette première scène est particulièrement concise, mais c'est parfaitement voulu. Si ça vous intéresse ne serait-ce qu'un peu, je posterai la suite. )

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Meiowen

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Meiowen

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptySam 21 Juil - 15:15

Alors là, je suis scotchée. C'est absolument intriguant. Ton style est précis, concis, il a même par endroits un caractère je dirais médical. Mathématique aussi. Rien de négatif au contraire, ta plume joue son rôle et nous transporte. Tu saisis l'essentiel, à nous d’interpréter. Et c'est pour le moins déroutant.
Je ne sais pas du tout qui sont ces personnages ni ce qu'ils font mais tes mots m'ont transportée dans l'ambiance (morbide, mais c'est le but je pense) et je me pose un tas de questions.
En tout cas pour l'accroche c'est réussi, bravo! Je lirai volontiers la suite Wink
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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptySam 21 Juil - 15:27

Ca risque d'être moins intriguant par la suite, mais tout aussi absurde.
Parce qu'il faut l'avouer, je me suis inspiré en partie du théâtre de l'absurde. Mais pas seulement. Il y a aussi beaucoup d'anticipation, et un peu de surréalisme aussi. ( Limite science-fiction, je dirais, mais sans pour autant l'être exhaustivement. )

Je posterai la scène 2 ce soir, et peut-être la 3 si j'ai le temps.
Content que ça te plaise.

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptySam 21 Juil - 18:07

Scène 2 – Débâcle, le Diable gît ici.



Lumière jaunâtre. Atmosphère pesante. De la fumée sort des bouches d'aération, partout, comme dans une salle de congélation. C'est pourtant la même qu'avant. Toujours la même table d'opération, les mêmes cages, les mêmes types prostrés là. L'un mijote quelque chose. Il fait tomber un morceau de fil de fer. Bruit léger mais sourd.


Matricule 02( chuchotant ) :
Hey, bonhomme, tu fous quoi, là ? Me dis pas que tu essayes de t'enfuir ?

Matricule 03 :
Absolument pas. Tu n'y es pas. Je voulais juste voir où était passé l'autre.

Matricule 02 :
Le type qui est passé sur le billard ? Il est dead, mon gars. Éviscéré jusqu'à l'échine, et lavé comme une écrevisse.

Matricule 03 :
Je veux en être certain. Je bouge de là. Il est peut-être encore vivant, je l'ai entendu aboyer quand nos maîtres sont sortis de l'antre.

Matricule 02 ( se mordant les doigts ) :
Mec, tu peux pas sortir de là, tu vas te faire serrer. On va te claquer, on va t'abattre. On a toujours été ici, on nous a toujours dit de garder le silence et on nous a formellement dit que sortir d'ici serait considéré comme une trahison.

Matricule 03 ( s'approchant de la cage de son congénère ) :
Tu me fais chier. Je veux juste voir ce qu'ils en ont fait. Je vais pas me barrer, j'en ai pas l'intérêt.


Il lui tourne le dos et cherche quelque chose dans sa poche s'apparentant à un ciseau.


Matricule 02 ( d'un ton peu commun, voire étonné ) :
Où t'as chopé ça ?

Matricule 03 :
Nos maîtres ne sont pas très précautionneux. Ils sont tellement désordonnés que leurs instruments traînent un peu partout. J'ai réussi à subtiliser ce drôle d'objet il y a peu de temps.

Matricule 02 ( commence à s'emporter, à voix haute ) :
Donne-moi ça.


Matricule 03 se contente de hocher négativement de la tête et essaye de crocheter la serrure.


Matricule 02 essaie de lui en dissuader en frappant sur les murs de sa cage et en criant, comme si il voulait attirer l'attention sur lui.


Matricule 03 hausse les épaules et parvient à ouvrir sa cage. La fumée s'estompe légèrement. Il en subsiste toutefois, mais en très petite quantité. Elle devient noire et épaisse, comme si l'environnement devenait soudainement toxique.



Matricule 02 ( prenant peur ) :
Ca sent pas bon. Le noir, c'est la mort. On va clamser empoisonnés pour avoir désobéi. Retourne dans ta baraque, j'ai pas envie de mourir à cause de ton inconscience, putain.


Matricule 02 passe ses doigts entre les barreaux sinueux de sa cage. Cette dernière, comme les autres cages, a l'air d'être faite d'une matière étrange. Quand on la touche, elle réagit, comme si elle était organique.
Matricule 02 a l'air terrifié. On dirait qu'il a du mal à respirer. Il toussote, puis tousse grassement.
Matricule 03, lui, ne réagit pas tout de suite. Après un certain temps, il sort de sa prison.



Matricule 03 ( s'approchant de lui ) :
Tu vas pas bien, on dirait. Mal au point ? Tu ferais mieux de te taire. Depuis tout à l'heure, tu cherches à saboter mes plans. Tu es avec ou contre moi ?


Matricule 02 est en sueur. Il est maintenant à genoux. Il marmonne quelque chose du genre ' les maîtres n'aimeraient pas ça, oh non, ils n'aimeraient pas. ' Le reste est incompréhensible et trop confus.
Matricule 03 décide de crocheter la serrure de son ami. A ce moment-là, la fumée disparaît totalement. Iota rentre dans la pièce et constate l'évasion des sujets.



Iota :
Qu'est-ce que..


Il n'a le temps d'en dire plus, Matricule 03 attrape l'interrupteur général situé à quelques mètres de lui et fait sauter les plombs. La lumière pâle s'en va.
Obscurité. On entend des cris d'étonnements, des cris de terreur, des hurlements de douleurs. Des objets tombent, sûrement des instruments posés sur la table. Le carrelage, unique constituant du sol, se brise, ou du moins, on entend un bruit y faisant penser. C'était peut-être un carreau de la seule vitre de la pièce qui s'est cassé. Puis, après plusieurs minutes, le silence fait son apparition, comme une lutte qui cesse brutalement.


Matricule 03 atteint, à l'aveuglette, l'interrupteur qu'il avait auparavant coupé.
La lumière se rallume, mais le néon, fendu, clignote en alternance. Il ne reste plus grand-chose d'intact dans la pièce. Le corps du scientifique baigne dans le sang de sa propre constitution, un ciseau entre les yeux, un autre dans le dos, le faciès écrasé dans le carrelage broyé. Il est sur le dos. Plusieurs coups lui ont été assénés dans les poumons. Il a les yeux grand ouverts, légèrement écarquillés à cause de l'instrument au milieu de ceux-ci. Son nez est broyé. Ses dents flottent dans les flaques rouges comme autant de navires de guerre, - des vaisseaux fantômes -, laissés là à l'abandon après un combat acharné.
Sa blouse auparavant blanche est couverte d'hémoglobines.

Matricule 03 s'approche du corps et donne un coup de pied dans sa tête.


Matricule 03 ( se grattant le front ) :
Il ne respire visiblement plus. Tu crois que j'ai fait quelque chose de mal ?


Matricule 02 était resté dans sa cage pourtant ouverte durant toute la scène. Il sort timidement et s'approche lui aussi de la dépouille, en fermant les yeux.


Matricule 02 ( d'une voix tremblotante ) :
Je.. je sais pas.
Qu'est-ce qui est bien et qu'est-ce qui est mal..
Je peux pas te dire, mon gars.
Mais ce qui est sûr, c'est que c'était une belle connerie d'avoir voulu sortir d'ici.


Un temps s'écoule.


Matricule 02 ( toujours apeuré ) :
On fait quoi, maintenant ? On a nulle part où aller.

Matricule 03 ( tapote le dos de son ami ) :
On va foutre le corps de notre maître là où se trouve le cadavre de notre copain. C'est une bonne idée, tu ne penses pas ?

~

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptyLun 23 Juil - 8:07

Simplement excellent. Ton style est magistral, on commence à cerner l'absurde mais ça ne gâche rien, bref, moi j'accroche Wink
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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptyLun 23 Juil - 13:59

Bon, puisque tu accroches, je vais poster la scène 3 et 4 en soirée.
Merci pour l'attention que tu portes à la pièce. Smile

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptyLun 23 Juil - 19:13

Scène 3 – Essence.

Pièce juxtaposée à la salle d'expérimentation.
Des bureaux, une grande armoire, un soleil artificiel, le décor est planté.


Icarus :
J'avais dit quoi ?

Xerxès ( intrigué, d'une voix faiblarde ) :
Comment ?

Icarus :
Quoi ? Tu ne m'avais pas écouté ?

Xerxès :
Je..


Il n'a le temps de terminer sa phrase qu'il se voit amputé d'une main. Elle est tranchée sèchement par une immense paire de ciseaux.


Icarus :
La prochaine fois, tu fermeras ta gueule et tu m'écouteras plus attentivement. Tu veux qu'on ait des emmerdes ? Les corps des sujets doivent être découpés et jetés dans le broyeur d'ordures approprié. Félicitations, vraiment, bravo, bravo.

Xerxès ne bronche pas plus que ça. La douleur devrait être grande, mais il ne panique pas, et, bien au contraire, c'est d'un pas très naturel qu'il se dirige vers l'armoire pour trouver des bandages. Sa plaie ouverte ne saigne pas, détail troublant.

Xerxès :
On l'a découpé, je vous assure qu'on l'a fait, c'est juste que..

Icarus :
Que quoi ?

Xerxès :
Bah on s'est dit que ça devait sûrement passer en sectionnant le corps en deux, au niveau du ventre, et du coup..

Icarus :
Du coup vous avez tenté alors que la procédure exige de découper le cadavre en quatre.
Beau travail, l'appareil a l'air foutu.

Xerxès :
La procédure, toujours cette foutue procédure.

Icarus :
Ferme là. Je vais expliquer ça comment, moi ?
La prochaine fois, c'est toi qui finiras là-dedans, même si te déchiqueter en quatre ne suffirait pas pour tout faire passer, rien que ton gros cul nécessiterait une découpe des plus minutieuses, alors je te parle pas du reste. ( il soupire, et se retourne vers la porte menant à l'autre pièce. )
Tu as entendu ?

Xerxès :
Pardon ?

Icarus :
Un bruit sourd, comme si quelqu'un s'était effondré.

Xerxès :
Du tout, je n'ai rien entendu.

Icarus :
Où est Iota ? Je me dois également de le sermonner, il est tout autant fautif que tu ne l'es.

Xerxès :
Il est allé nourrir les cobayes, il me semble.

Icarus :
Ils ont déjà été nourris hier.

Xerxès :
Il est peut-être tout simplement aller bosser dans le laboratoire, dans ce cas.

Icarus :
En gros, tu ne sais pas où il se trouve.

Xerxès :
Les possibilités ne sont pas nombreuses, en même temps.

Icarus :
Alors pourquoi me dis-tu qu'il est allé donner de la bouffe aux détenus ?

Xerxès :
J'ai dit il me semble, il me semble, j'inclus donc une hésitation dans ma phr..

Icarus :
Serais-tu en train de te foutre de moi ?

Xerxès
 :
Non, je..

Icarus :
Que fais-tu, dans ce cas ?

Xerxès ( hésitant ) :
Rien, absolument rien, je pense qu'on ferait mieux de trouver Iota.


Il détourne son regard d'Icarus et balance quelques ' Iota ! ' à voix haute. Pas de réponse.

Après un long temps de flottement, un autre bruit sourd se fait entendre. Icarus, troublé, pense que les émanations sonores proviennent de la pièce d'expérimentation. Il avance tout doucement vers la porte, pendant que Xerxès, lui, s'assied sur la chaise de son bureau. Il semble chercher quelque chose, sa main se perd dans la paperasse étalée un peu partout, et elle en ressort, après quelques secondes, munie d'un pistolet visiblement chargé.



Xerxès
( à voix basse, parlant pour lui ) :
On est jamais trop sûr.

Icarus fait signe à Xerxès de se taire, et ouvre délicatement la porte.


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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptyLun 23 Juil - 20:28


Scène 4 – Fêlures.


Une pièce très peu grande. Des ossements un peu partout, probablement d'anciens cobayes. Au milieu de ces tas d'os, un cadavre encore presque intact, - légèrement entaillé par-ci par-là, la chair encore toute fraîche, légèrement brûlée pour des raisons inconnues, peut-être la lumière des néons qui dégage énormément de chaleur. Ses cheveux en bataille lui cachent le visage. Ses muscles ont l'air affermi par la mort survenue il y a peu de temps. Sa poitrine est balafrée, bien plus que le reste de son corps, et l'on peut voir son cœur encore fumant – d'amour -.
Ses poings sont fermés. Matricule 02 et 03 sont tombés sur cette pièce par hasard. Ils avaient le choix entre plusieurs portes, mais ont trouvé ce qu'ils cherchaient du premier coup.
Le corps de Iota est toujours en train de gésir dans la salle d'opération. Matricule 02 le traîne grossièrement au milieu des ossements et le laisse là sans plus y prêter aucune attention.



Matricule 02 ( légèrement en sueur ) :
Bon, tu vois, il est là.

Matricule 03 :
Qui ça ?

Matricule 02 :
Le type.

Matricule 03 :
Quel type ? Beaucoup sont ici.

Matricule 02 :
Celui dont tu me parlais juste avant.

Matricule 03 :
Notre compagnon de cellule ?

Matricule 02 :
Pourquoi aurais-je parlé de quelqu'un d'autre que lui ?

Matricule 03
 :
Parce que d'autres sont ici.

Matricule 02 :
Je ne les connais pas.

Matricule 03 :
Je ne te connais pas non plus. Et je ne le connaissais pas. Je ne me connais même pas moi-même.

Matricule 02 ( soupire deux fois dans un instant de flottement ) :
Qu'est-ce que l'on connaît véritablement ?

Matricule 03 :
Qu'y a-t-il véritablement au-delà de ces murs ?

Matricule 02 :
Ce que l'on ne connaît pas.

Matricule 03 :
Nous sommes là, mais nous ne nous connaissons pas.

Matricule 02 :
Je veux dire, ce que nous n'avons jamais découvert, ni vu. Des choses dont où nous a mentionnées l'existence. De la végétation, des arbres, des oliviers, des vignes. J'aimerais vivre parmi un tel décor. J'aimerais croire que je pourrais un jour quitter cet endroit, que nos maître nous laisseront aller là-bas.

Matricule 03 :
Qui te dit qu'ils n'ont pas menti au sujet de cet ailleurs possible ? Qui te dit que l'extérieur existe vraiment ?


Matricule 02 soupire à nouveau. L'autre se rapproche du cadavre de Matricule 01. Il remarque que sa main gauche renferme quelque chose. Il essaie de l'ouvrir et y parvient en forçant un peu.
Une photo. Une personne aux cheveux ondulés, mi-longs. Un sourire assassin, des yeux violets qui parviendraient à illuminer n'importe quel être. Ravissement soudain. Matricule 03 esquisse un léger sourire. En dessous de la photo, il y a marqué ' Nous nous retrouverons là où l'amour n'est plus une impasse. Plus qu'un serment, un espoir que je détiens et que je ne lâcherai jamais.
Je t'aime. '


Matricule 03
( à voix haute ) :
Il l'aimait.

On ne sait pas trop si il parle pour lui-même où si il s'adresse à son congénère.


Matricule 03 : Il l'aimait.
( se rapproche de Matricule 02 ) :
Il l'aimait. ( s'écarte, et marmonne, à voix basse ) :
Il l'aimait. ( totalement à l'écart ) :
Il l'aimait.
Il l'aimait.
Il l'aimait.
Aimer, serait-ce un espoir que seul la mort peut briser ?
L'amour serait indomptable ?
Il était différent. Il ne vient pas d'ici. Il n'était pas comme nous.


Matricule 02 ( le coupe dans son discours. ) :
Dois-je te rappeler que nous ne le connaissions pas ? Et nous ne nous connaissons pas non plus. Contradictoire, tout ça.

Matricule 03 :
J'essaie de comprendre.

Matricule 02 :
Tu ne peux pas, parce que tu ne connais rien.

Matricule 03 :
Je ne sais pas grand-chose, oui. Mais as-tu déjà vu pareille personne ici ?


Il lui montre la photo. Matricule 02 hoche la tête en signe de négation.


Matricule 03 :
Il n'était pas d'ici, il est donc différent. Cette affirmation est juste.

Matricule 02 :
Je sais pas.

Matricule 03 :
Tu es agaçant, ça n'en finit pas.

Matricule 02 :
C'est quoi, l'agacement ?

Matricule 03
 :
En gros, tu m'emmerdes.

Matricule 02 :
D'accord.


Matricule 03 réfléchit un instant à ce qu'il va dire.
Long silence.
Pesant.
Atmosphère lourde.
La lumière s'intensifie.


Matricule 03 :
Ressentons-nous quelque chose ?
Je n'ai aucune compassion pour lui, pour toi. Je voulais juste voir si il était vraiment mort. C'est le cas. La personne sur la photo est-elle morte ?


Matricule 03 se baisse et tâte le cœur de Matricule 01.
Il s'éloigne à nouveau, prend un os visiblement tranchant et déchire ses vêtements.
Il le jette ensuite et prend un os plus contondant.
Il appuie violemment sur sa poitrine.


Matricule 03 :
Qu'y a-t-il donc ici ? Ai-je la même chose que ce mort ? A quoi ça lui servait quand il était vivant ? A quoi ça lui sert maintenant ?


Il reprend l'autre os et coupe d'un coup sec son torse, et ce, à plusieurs reprises.
Matricule 02 ne réagit pas, ne sachant peut-être pas quoi faire.



Matricule 03 : ( prenant une longue inspiration ) :
Il n'y a rien. C'est sûrement vide.
Pourtant,
Je me sens comme déchiré, déchiqueté, mon intérieur hurle, la vie s'écoule dans mon dos et brise ma colonne. La mort ne surprend pas ma vie.
Pourquoi ne vient-elle pas ? Il n'y a pas de raisons. Je sais si peu de choses.
Nos vies sont vanités.
En vain, je tenterai d'attenter à ma vie.
Je me souviens ne pas pouvoir éprouver. Je me souviens avoir ressenti quelque chose un jour, pourtant. Ca remonte à des années. Des mois seulement, peut-être. Je me souviens..
Ne pas pouvoir me tuer. Ne pas pouvoir être abattu.
Mes souvenirs se font fait la malle sur des sentiers battus.


Il regarde une dernière fois la photo et la déchire.


Matricule 03 :
J'aimerais retrouver cette personne. Lui dire qu'il est mort. Elle doit le savoir, car elle doit avoir un lien avec lui. Si elle n'est plus, alors, ça ne fait rien, ça n'importe pas. Mais je n'en sais rien, donc je me dois d'essayer de la trouver. Je le lui dois. Je lui ai fait tant de mal.


Il s'effondre sur le corps de Matricule 01 et frappe son cœur, si bien qu'il est maintenant totalement démantelé. Il se met à pleurer.


Matricule 03 :
J'ai oublié, mais..
Je me souviendrai, mes souvenirs reviendront d'eux-mêmes, ou je les ferai revenir, je les attraperai.
Le poids
Du sort
Cent fois
Trop fort.
Et nos corps
D'ores et déjà morts
Continuent pourtant
De se mourir souvent
Chaque jour,
Lourdeur continuelle,
Toujours,
Attente perpétuelle.


Les lumières se coupent. Les pleurs ne cessent pas.

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptyMar 24 Juil - 12:08

Scène 5 - Pourquoi Dieu nous ignore ?


Une foule de paroles et de rires. Des discussions se baladent dans un environnement sombre et sans nom.
Un temps.
Deux temps.
Trois temps, même quatre.
Peu à peu, l'endroit laisse place au silence. Puis une voix plus grave que les précédentes s'impose.
Elle raconte la vie, elle le fait si bien que les autres voix portent toute leur attention à elle.
Elle narre une existence particulière, des aventures austères sans qu'elles soient forcément liées.
-

V:
Écoutez.

Dessiner une nuit sans visage en marge de la société,
Un croquis bien dissimulé que je garderai pour moi dans un coin sombre de ma tête,
Un instant de poésie prosaïque que rien ni personne ne pourrait me subtiliser,
Un doux parfum sécrété par des brumes d'automne,
La cécité revêtit l'apparat de ses jours heureux où elle condamna un homme,
Ou plutôt sa vue.
A l'abri des regards assassins que ce monde porterait sur moi si il me voyait,
Oh, heureusement qu'il ne me voit pas.

Silence.

Heureusement, sinon, il crierait au scandale,

A l'abomination sans nom que je suis et qui ne mérite pas d'être ni de vivre ni de subsister ni d'exister ni de poursuivre sa vie ni de survivre dans un monde où tout est devenu si commun, si rationnel, si solennel, si banal, si normal.


Je ne suis qu'un clandestin,
Les moments où je choisis de crier ma rage sont tous des moments opportuns, selon moi, je ne suis qu'une..
Qu'une ombre, un rêve éveillé, semi-lucide et translucide, un rêve que l'on dépose d'une main délicate sous l'oreiller d'un homme comme d'autres, qui passe son temps à dormir, mais pas pour se reposer, pour oublier à quel point ses douleurs sont immenses grandes et incurables et que personne ne connaît parce que personne ne s'y intéresse à ses blessures à lui tout le monde ne pense qu'à sa petite tête, je suis un rêve gris, terne, je viens ternir vos sales gueules, je suis un rêve parfois succinct, parfois extrêmement long et interminable , brouillé,
Une image, un concept sans signification,
Un tableau souillé,
Une esquisse mal élaborée,
Un trait craintif,
Une faute carrément fautive,
Une horreur plus qu'une divinité amochée,
Un masque dévoilant l'intérieur des tripes de la vérité, celle que vous ne voulez surtout pas entendre ni voir ni sentir ni toucher ni penser.
Personne ne sait qu'expérimenter sur les humains toutes sortes de méticuleuses fantaisies est devenu une réalité cachée. Si il savait ce que je ressens.
Vous pensez que je ne peux ressentir ?
C'est vous les erreurs, pas moi. Vous êtes lâches, vous êtes trop songeurs, vous pensez imaginer la mort, mais vous n'en savez rien, pas même un dixième, rien, vous ne connaissez rien d'elle, mais elle sait tout de vous, elle sonde chaque partie de votre esprit un peu plus chaque jour, épie tous vos gestes dans l'espoir que vous en fassiez un qui serait regrettable pour toute votre foutue vie de paria, et qu'elle puisse ainsi vous faire sombrer et vous immerger dans quelques abysses emplis d'encre sirupeuse.
Je suis la partie de l'iceberg que l'on ne peut voir, oui, je suis ce que les autres ne peuvent voir et n'imaginent même pas, ils veulent pas, voudraient pas, je me désagrège, mais personne ne s'en soucie, car ainsi va la vie, et ainsi se présente la mort, vêtue d'une carte où il est écrit :
' Tu n'es personne et tu ne seras jamais quelqu'un, personne ne t'a oublié, car tu n'existes tout simplement pas. '
Pourquoi auriez-vous plus le droit d'exister que moi ?
Vous existez, vous, les lâches qui êtes soi-disant là-bas, dehors, quelque part, pas ici, en tous cas ?
Allez vous faire foutre.
Je ne suis pas de ce temps, pas de cette ère.
Pas terre-à-terre ni de cette sphère dégoulinante de vie,
Ni ailleurs ni, d'ailleurs, autre part,
Nulle part possède un territoire
Au royaume des fous les semi-lucides sont rois,
Pas besoin de choper une couronne.
J'en ai pas besoin, j'ai pas besoin de ça, pour quoi faire ? Le pouvoir ne m'intéresse pas.
J'ai déjà ma couronne d'épines.
J'ai déjà assez.
Toutes ces pensées fermentent dans la parole que je porte,
Je les ai gardées, car leurs hôtes ne les voulaient plus,
Je ne voulais pas les laisser seules,
Je ne voulais pas, car je sais ce que c'est, l'esseulement.
Croyez-moi, personne ne voudrait subir ça.

Il est interrompu par une autre voix.


W:
Tu vas fermer ta grande gueule ? Y'en a qui essaient de dormir, ici.


Il reprend.



V:
Dormez donc. Quant à moi, je m'en irai dans un soupir et je compte bien dormir une éternité.

Silence.


Un moment de trêve avant que la torture ne recommence.

Silence.


Penser.

Silence.

Oser penser.

Silence.

Et ne pas s'en apercevoir.

Silence.


Oser crier que l'on pense.

Silence.


Ce n'est même pas un mirage, ce n'est même pas une illusion.

Un temps plus long qu'auparavant.

C'est plus que ça. J'aurais aimé que ce soit moins, mais c'est beaucoup plus.

Silence.

Une réalité pour tous.

Silence.

Ou une illusion propre à chacun.

Silence.

Achevez-moi, ne m'obligez pas à le faire de moi-même.

Silence.

De toute façon, ça recommencera, si je me tue, je vais me réveiller autre part.

Silence plus long qu'auparavant.

On n’échappe pas à..


Un temps. Deux temps. Trois temps. Il ne parle plus.
Les discussions reprennent de plus belle.

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Necryos

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptyMer 25 Juil - 17:21


Scène 6 – Mémoires de mort.


Un magnétophone ayant enregistré une conversation d'un autre temps est en route dans une pièce trop lugubre pour être présentée. La voix qui en émane ressemble à celle de Iota, - bien qu'ayant l'air un peu plus claire, sans pour autant que l'on puisse affirmer que c'est bien lui qui parle.


Je ne compte plus les jours.



Il marque un temps de pause assez long.


Ca fait longtemps que je suis ici. Pour des expériences à la con. Ouais, je considère mon boulot comme chiant. Mais bon, j'ai signé un contrat de confidentialité, du coup, pas le choix. J'ai une permission de temps en temps.
Malgré le fait que ce labo pue le renfermé et l'insalubrité, il faut avouer que c'est toujours mieux que dehors..
Dehors.. dehors..


Il marque un autre temps de pause encore plus long, mais en gardant toujours un ton relativement neutre, mais en parlant un peu plus hâtivement qu'auparavant.


Je ne voyais que des corps calcinés sur mon chemin. Osez me dire qu'il fait beau dehors, je vous montrerai des horreurs qui vous feront changer d'avis. Osez prétendre que ce monde tourne à l'endroit, comme beaucoup le disent si bien. Osez vous confesser à moi en prétextant que la vie continue, qu'elle est belle et que rien ne peut entraver cette joie, car bien trop intense. Je vais vous foutre des bâtons dans les roues. Vous êtes doués d'un don particulier, celui d'être aveuglés par la merde qu'on vous jette dans les yeux. Vous en avez plein la tronche, mais vous continuez de faire semblant de ne pas vous en apercevoir. Vous pensez que vous serez mis à l'écart des misères que ce monde enfante grâce à ce don que vous avez développé avec le temps ? Vous pensez vraiment ? C'est ce que vous croyez, vos fondements en sont vraiment imprégnés ?
Putain, mais je vais vous montrer que vous vous plantez littéralement. Je vais vous faire déguster les mets les plus âcres.
Vous allez regarder attentivement ce monde. S’il le faut, je vous attacherai des hameçons aux paupières que je relierai à du fil de pêche pour vous les ouvrir de force. Vous allez le contempler, et quand j'en aurai décidé, vous parlerez.
Si après ça, vous considérez toujours la planète de la même manière, que vous la voyez toujours du même œil, alors je ne peux plus rien pour vous.
Vous ne mériterez que de brûler. Je vous allumerai, et je m'allumerai aussi. Nous formerons le brasier de la honte, l'incendie des ignorants. Même les cendres de nos corps passés seront trempées de culpabilité.
Que trouvera-t-on au bout de mes peines ?
Aux confins du malsain, qu'y a-t-il ?


Le magnéto' s'arrête. Une personne entre dans la pièce auparavant sans vie. On ne peut que distinguer sa silhouette étique. Il possède une drôle de dégaine, va jusqu'à l'appareil et retire la cassette située à l'intérieur pour la remplacer. Il ressort aussitôt cela fait.


Il fait froid, ici.


Il a du mal à parler et semble mourant.

Il faisait aussi froid dehors. Encore plus, même. Une température proche des -60 degrés, si je ne m'abuse. Je ne sors plus. Ma famille refuse mes visites. Ils disent que je m'implique trop dans mes recherches. Qu'ils aillent se faire voir, tous autant qu'ils sont.


Toussotement. Grésillements.

Les recherches n'avancent pas, on se heurte à tellement de problèmes qu'on a laissé tomber l'essai des produits exomézotiques sur les cobayes de la série 314 à 356. Icarus nous a suggéré une nouvelle batterie de tests visant à la réanimation cérébrale. C'est une priorité. Pour le moment, nous n'arrivons qu'à garder indemne le tronc cérébral, ainsi qu'une partie du prosencéphale, mais le reste se meurt toujours après le décès clinique du sujet.
Je suis las. Las de tout ça.
Je ne suis pas un scientifique, je suis un homme.
Je suis un humain, j'ai rien à faire ici, vous comprenez ?
Ma place est auprès de ma famille. Mais je les ai tous perdus.
Ma femme, mes gamins, mon frère.
J'étais heureux. Je ne le suis plus. Je ne suis plus heureux.
Que trouvera-t-on au bout de ma peine ?
Tellement de morts.
Dès ma naissance, j'étais condamné.
Je suis mort bien avant eux.
Je suis mort depuis longtemps.
Je ne suis plus heureux, et c'est depuis cette perte, cette fin de bonheur que je suis mort.

Un long silence s'immisce pendant quelques minutes.


On a beau tuer des gens, c'est notre boulot, c'est comme ça, on les envoie de l'autre côté et on fait notre possible pour les ramener.
Poursuivre sa vie sans véritablement vivre, ça, c'est un crime.
Du coup, on fait ça. C'est notre but à nous, c'est l'aboutissement de nos existences. La leur.
Je suis un assassin, vous pensez ?
Suis-je bête, personne ne me répondra. Je me parle à moi-même, sûrement un jour de pluie, puisque dehors, il pleut tellement souvent, au milieu de tous ces tas de bouquins de biologie qui s'entassent dans mon quartier.
Il n'y a que moi, les autres n'ont aucune considération pour moi.
J'ai déjà pensé au suicide.
J'y pense sans cesse, pour tout vous avouer.
Je me sens si seul.



Grésillements. Le magnéto' rembobine.


J'y pense sans cesse.


Encore.

Je suis un assassin.


Débobinage.

Sans cesse


Rembobinage, toujours.

Un assassin.


Le magnéto' refait ces manipulations.

Vous pensez

Encore.

Un jour


Et encore.

Poursuivre


Toujours.

Notre but.. ?


Le magnétophone s'arrête brusquement.

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Skarin

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptySam 28 Juil - 23:16

A quand la suite ?
J'attend avec impatience de connaitre la fin de l'histoire moi. Wink
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Necryos

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MessageSujet: Re: Essai théâtral - Fin de cycle.   Essai théâtral - Fin de cycle. EmptyDim 12 Aoû - 16:50


Scène 7 – Aparté.


Et la mort anime la mort.
Les cheveux grisonnants des cadavres tombent un à un.
Pas une rose pour les défunts, ne se déverse que la mort.
La mort comme remède perpétue ses rites et consolide ses liens ancestraux.
La mort.



Omicron : Ne dis rien, surtout, ne dis rien. Tu n'as rien à dire, tu ne ferais pas mieux que moi. Ne parle pas de eux.


Deux corps. Probablement un homme et une femme, ils sont tout bonnement impossibles à identifier, leur putréfaction est avancée.


Omicron :
Tu ne sais rien, j'ai bossé pendant des années moi. Tu es bien plus putride que ces dépouilles qui peinent à s'atrophier, tu es bien plus moche et balafré que ces innommables choses qui se décomposent lentement. Tu ne sais rien, tu n'as rien à dire. J'ai pas eu le choix, j'avais pas d'autres solutions, pas d'autres alternatives. Fallait bien le faire. Y avait que moi pour le faire. T'aurais pas eu les couilles. J'ai dû lui fracasser le crâne, tu te rends compte ? Son cervelet dégoulinait de partout, et elle, elle.. elle n’arrêtait pas de hurler pendant que je tuais son mari, son amant, son cher et tendre. Elle avait besoin de lui, mais sans sa mort, sans leurs morts rien n'était possible, la poursuite du projet n'aurait plus eu de sens. Ils avaient besoin l'un de l'autre, mais moi j'avais besoin d'eux. Je me devais de faire ça. C'est comme ça. Putain, je lui ai tranché la gorge d'une oreille à l'autre.


L'instant de flottement fut particulièrement long. Son interlocuteur ne réagissait pas.


Omicron :
Je les ai tués, mais j'éprouve des remords. C'est suffisant, non ? Dis-moi que ça l'est. Rassure-moi. Fais-moi savoir que je ne suis pas une bête ignoble.

Sigma :
Tu en es une.

Omicron :
C'est faux, je ne suis pas un monstre, j'ai un cœur, tu le sais autant que moi.

Sigma :
Et alors ? Tu es monstrueux, ce que tu as fait est monstrueux, c'est inhumain, et tu as beau posséder un cœur, ça ne fait pas de toi un type bien et plein de bonnes intentions, loin de là.

Omicron :
Tu ne sais rien, tu n'as rien à dire, tu ne sais rien.

Sigma :
Et toi, tu viens de prendre conscience de ton état d'animosité, pas vrai ?

Omicron :
Ecoute-moi attentivement, putain de merde. Ils ne sont pas morts pour rien, leurs corps serviront à la science. Pourquoi suis-je accusé d'un crime quand il y a nécessité de progresser et quand l'avenir d'une population entre en jeu ? Je ne comprends pas de quoi je suis accusé, je ne sais même pas pourquoi je suis considéré comme un meurtrier. J'essaie d'aider ce monde et voilà comment l'on me remercie. A quoi bon vivre si les autres refusent mon aide ? Je ne peux servir qu'à ça, je ne sais faire que ça. Il faut me laisser faire. Vous ne devez pas me mettre de bâtons dans les roues. Vous allez briser mes projets. C'est mauvais pour vous tous. Ce ne sont que deux personnes. Ce sont les deux premières, sûrement pas les dernières, mais il fallait bien commencer quelque part.

Sigma :
Tu ne sers pas la cause de la science, mais tu assouvis ton mauvais fond, tu régules tes pulsions malsaines en les laissant prendre le dessus.

Omicron :
Personne ne me condamnera. Personne.

Sigma :
Tu te condamnes déjà tout seul à éprouver de la culpabilité. Tu payeras, quoi que tu fasses, tu subiras des conséquences qui ne se produisent qu'à cause de tes actions non réfléchies.

Omicron :
Tu dis n'importe quoi, ferme ta gueule.

Sigma :
Tu comprendras, tu seras confronté à tes propres craintes.


Omicron commence à découper viscéralement les cadavres. Il se recouvre le visage de leur sang.


Omicron :
J'ai tué mes parents. Ils ont eu mal. Faites-moi mal. Tuez-moi à mon tour, je vous en prie.


Il balance le couteau qui a servi aux meurtres.
Sigma le ramasse, s'approche d’Omicron et lui enfonce intuitivement le couteau à plusieurs reprises dans l’œil gauche, puis droit, puis gauche, puis droit à nouveau.


Sigma :
C'est à moi de te pardonner, j'ai assisté à leurs morts.
Mais pour qu'au final, tout soit équitable, je dois te tuer.


Omicron pleure ses yeux perdus. Il enfonce ses doigts dans les cavités creuses et désespère.
Sigma lui enfonce mécaniquement la dague dans le torse.
Omicron s'effondre.
Sigma s'égorge.
L'équipe de scientifiques diminue en effectif.


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